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Du 25 au 31 mai, la 3e édition de « Route Nationale 7 Historique » fut un réel succès pour les 50 équipages sélectionnés.
De Fontainebleau à Saint-Raphaël, la route la plus célèbre de France a servi de fil conducteur pour ce voyage nostalgique d'une semaine qui a fait découvrir le charme des routes d'autrefois, quand conduire une automobile était un réel plaisir teinté d'aventure et sans contrainte temporelle. A l'époque, on parlait d'ailleurs bien plus du voyage que de la destination.
C'est au Novotel de Ury-Fontainebleau que les organisateurs avaient installé leurs quartiers pour la réception des concurrents et le contrôle technique dès le samedi 24 mai. Venus des 4 coins d'Europe, la plus ancienne voiture du plateau était l'imposante Jaguar MK IV de Piet et Marie-Béatrice VANDEKERKHOVE de 1948 ; Edouard CORDAY, venu de Suisse avec une rarissime Wanderer décapotable 1939 ouvrait la route devant la Citroën Traction cabriolet 1939 de Daniel STEVENS et l'autre Traction berline 1950 de Joël COURTOIS. Les époux DELVAL et GHELEYNS tentaient l'aventure (tout de même 1500 Km sans le retour) avec des populaires qui ont fait les beaux jours de la RN7 : les uns avec une Renault 4 cv découvrable de 1952 absolument parfaite, les autres avec une Morris Minor Convertible de 1965.
Fidèles à leurs chères DKW, Maurice et Denise SMEYERS voyageaient cette année à bord d'une Auto Union 1000 SP cabriolet, accompagnés de leurs amis Roger et Elisabeth THEUNIS sur une DKW 3=6.
On pouvait également admirer différentes MG : TD, Midget, MGB, MGB GT, ou une imposante Chevrolet Corvette de 1961 : celle d'Edmond et Marie-Thérèse DECKX, une VW Coccinelle, des Alfa Roméo GT Junior, Giulietta, Spider, Giulia ou encore différentes Porsche, de la 356 à la 911 Carrera RS ; une Citroën DS cabriolet, des Austin Healey (Frog Eyes et 3000), quelques Mercedes SL et Pagode, une Jensen Healey, 4 Ferrari (Daytona, Dino, 308 GTS, Modena), une Peugeot 204 cabriolet, des Volvo Amazon, PI 800 et 544, une Ford) Mustang Cabriolet, pas moins de 3 Apal ! dont la superbe Coupé de Michaël TEMPELS et une Triumph Stag.
Soucieux de varier le parcours et les régions traversées, les organisateurs avaient choisi cette année de suivre le 1er jour la Nationale 6 entre Fontainebleau et Beaune. La Nationale 6, qui quitte Paris à la Porte Dorée, rejoint la N7 à Fontainebleau et jusque Lyon traverse la Bourgogne par Auxerre, Chalon et Maçon avant de rejoindre les Alpes. Plus roulant que le tracé de la Nationale 7, la N6 accueillait la plupart du trafic Paris-Lyon, créant souvent la confusion avec la N7 ; même Charles TRENET l'a confondue : « Nationale 7 qui traverse la Bourgogne et la Provence ... »! Et non. Monsieur Charles, c'est bien la N6 qui traverse la Bourgogne !
Le dimanche 25 mai dès 8 H 30, la Wanderer suisse était la 1ère à s'élancer en direction du Château de Fontainebleau puis, par des chemins de traverse toujours pittoresques, rejoignait la Nationale 6 pour la traversée de Moret-Sur-Loing et s'arrêter à mi-étape du côté de Chablis.
Après le repas et la traversée de Noyers, un des plus beaux villages de France, les concurrents rejoignaient la N6 à Avallon et s'arrêtaient pour une courte pause à Rouvray où une borne royale datant du règne de Louis XIV est mise en valeur à l'entrée nord de la ville. C'est également à Rouvray qu'en 1961 fut ouvert le 1er restaurant Courtepaille le long de la Nationale 6 et qui inaugurait, en France, l'ère des fast-food routiers.

Avec la traversée du Parc Régional du Morvan et ses multiples lacs, du côté de Saulieu et d'Amay-le-Duc, la route atteint son point culminant (563 m) à Bel Air, un lieu quasi surréaliste où les quelques bâtiments (3 garages et 2 restaurants) sont à l'abandon, perdus au milieu de nulle part, témoignant du passé de la Nationale 6.
Les cinéphiles auront reconnu, perdu dans une végétation sauvage, le célèbre Relairoute de Bel Air où Jean-Pierre MEL VILLE a tourné une scène du « Cercle Rouge » avec BOURVIL et Alain DELON. Ce restaurant d'inspiration américaine était ouvert à l'époque 24 H/24 et a accueilli toutes les célébrités de l'époque.
20 Km plus loin, après avoir traversé La Rochepot et sa terrible descente, le rallye s'arrêtait à Beaune, terme de la ère étape, à l'Hôtel Panorama, perdu dans les vignobles qui font la fierté et la réputation de la Bourgogne oenologique (Aloxe-Corton, Pommard, Meursault, Montrachet, Gevrey-Chambertin, etc.... ).
C'est ici que le rallye connaîtra son seul abandon : la Jaguar MK IV de 48 qui a cassé un arbre de roue.
Le lundi 26 mai, c'est à 8 H que les premiers reprenaient la route pour une journée longue de 360 Km, suivant la route du vin (des dizaines de Km parcourus sur des routes minuscules bordées de vignobles, châteaux, abbayes et villages pittoresques), ensuite les Dombes (le pays des oiseaux et aux 1000 étangs entre Lyon et Bourg) pour le repas de la mi-journée. L'après-midi, c'est déjà la Drôme et le Sud que les concurrents découvraient. Une pause à Hauterive à la mi-étape permettra de découvrir le fantasque Palais Idéal du Facteur Cheval.
A Valence, au terme de cette 2e étape, c'est dans le parking que certains préparent la soirée : André JEANNIARD démonte le 2e garde-boue de sa rare Lotus 340R dont l'attache vient de céder tandis que Pascal CANTRAINE, notre Saint-Bernard mécanique, refixe le radiateur de l'Alfa Roméo allemande des époux LENS.
Le mardi 27 mai, le menu de cette 3e étape file droit vers le sud-est avec une fameuse référence au Rallye de Monte-Carlo et la spéciale de Saint-Nazaire le Désert. Les concurrents affrontent la montagne sur des routes étroites et pentues avec le Col de Pennes, la boucle d'Aucelon, le passage à Saint-Nazaire, le Col des Roustans, le Col de Vache, le Col de Soubeyran, de Peyruergue et d'Aulan.
Enfin, le Mont Ventoux sera contourné par le sud puisqu'il a déjà été emprunté lors de la 1ère édition de la Route Nationale 7 Historique.
La ferme du Pezet à Ville sur Auzon, entourée de vignobles au pied du Mont Ventoux, accueillera tout ce petit monde pour le repas de midi. Claude DUBOIS sera l'invité surprise du jour ! Ancien pilote de l'Equipe Nationale Belge, tout comme Georges HACQUIN, concurrent sur Alfa Roméo Giulia, ils reformeront avec émotion, le temps d'une pause gastronomique, l'équipage qui défendit dans les années 50 les couleurs belges lors des 24 H du Mans au volant d'une Porsche 550 RS. Michel DARTEVELLE fera pour l'occasion un rappel de ce que fut l'histoire de cette fameuse Equipe Nationale Belge, fondée par Johnny CLAES et qui vit courir et gagner dans toutes les disciplines du sport automobile, outre nos amis cités plus haut, des pilotes aussi réputés qu'Olivier GENDEBIEN et Paul FRERE ou encore Gilberte THIRION.
L'après-midi, après avoir visité une cave à Vaison-la-Romaine, c'est à Piolenc, sur la Nationale 7, que le rallye s'arrêtera pour fêter avec faste et enthousiasme l'inauguration du 1er musée consacré à cette merveilleuse route : le Musée « Mémoire de la Nationale 7 », situé au Château Simian a été inauguré et ouvert au public ce mercredi 28 mai 2003 en présence bien sûr des concurrents participant à ce rallye, mais aussi du Maire (en écharpe tricolore, s'il vous plaît), des autorités politiques, de la presse et des riverains. Les populaires françaises y sont reines et sont présentées sous forme de jolies saynètes, avec Solex et scooter ! Les documents d'époque, les photos, les objets présentés font de ce musée situé chez un producteur de vin un passage obligé pour tout amateur d'autos, de vin ou d'histoire, c'est au choix ! C'est à Orange, non loin de l'Arc de Triomphe, que tous se retrouveront le soir pour une soirée plutôt animée en présence de Jeanine RUIZ, présidente de l'association « Mémoire de la Nationale 7 ». Nous y avons même rencontré M. Paul DURIEU, le président de l'association des Maires du Vaucluse, féru de mécaniques essentiellement d'avant-guerre, collectionneur et passionné d'automobiles anciennes.
Mercredi 28 mai. Cette fois, ça y est, on est vraiment dans le Sud ! et le rallye repart à l'assaut d'une des plus belles régions de France, le Luberon, traversé par la forêt de Venasque et le Colorado de Provence. Le paysage se pare de vignes, de cerisiers, d'oliviers, de champs de lavande, d'amandiers, de truffiers et même, sans pour autant voyager en cabriolet, la route fleure bon le thym, le romarin et la lavande.
Le midi, à Saint-Michel l'Observatoire, village où le ciel est le plus pur de France (et ensoleillé cette année !), les Porsche et les Alfa Roméo sont arrivées les premières pour le traditionnel apéritif sur la place du village, précédé d'un discours de Monsieur le Maire. L'accueil est si chaleureux que l'édition 2005 de RN7 Historique y passera une après-midi et une soirée à la découverte de l'astronomie !
L'après-midi fut consacrée aux dames qui purent visiter la fabrique de parfums « L'Occitane » dans la banlieue de Manosque avant d'arriver vers 17 H dans le domaine privé de 180 ha dit Golf de Pont Royal ; les plus courageux, à savoir les moins fatigués au terme de ces 4 longues étapes, ont profité jusque tard dans la nuit des guitares flamenco du groupe « Cabaret de Campagne » qui animèrent la soirée.
C'est aussi à Pont Royal que Pierre SCHEMID-FARINE, président de « Sant Rafeu Auto Collection » a rejoint le rallye avec 6 membres de son club pour l'ultime étape du jeudi 29 mai. Une Peugeot 204 cabriolet, une Renault 4 cv, une Triumph GT6, une Ferrari 308 GTS, une Dino 246, un Spider Fiât et une Mini Cooper ont donc accompagné le rallye pour traverser le Massif de la Sainte-Baume par le très sinueux Col de l'Espigoulier. Le Relais du Vieux Sauvaire, au Lavandou, perdu dans la forêt des Maures, offrait sa splendide terrasse ombragée qui domine la Méditerranée pour le repas de midi. Pascal et Nicole (les mécanos) arriveront les derniers après avoir mis sur le plateau la Mercedes 230 SL de Didier ROLLAND. Diagnostic : un roulement de roue avant cassé. C'est ici que Notre-Dame de la Route s'est souvenue du passage du rallye devant la chapelle érigée en 1954 en son honneur sur la Nationale 7, non loin de Fontenay sur Loing (100 Km au sud de Paris) puisqu'une divine providence a amené une berline étoilée dans le champ voisin du restaurant ; cela faisait 10 ans qu'elle n'en finissait pas de mourir, s'enfonçant chaque année un peu plus dans son linceul de terre et d'herbes sauvages, attendant qu'une grue vienne définitivement la faire disparaître ; après bien sûr l'accord de notre restaurateur propriétaire, le roulement qui était compatible fut remonté sur la SL, toute heureuse de se dégourdir les roues !
Enfin, l'arrivée à l'Hôtel Maeva de Saint-Raphaël, dans le majestueux Golf de l'Esterel à Valescure, a toujours un côté magique : la beauté du site sublime le sentiment de satisfaction après cette semaine et ces 1500 Km passés au volant de ces mécaniques d'un autre âge. La soirée du jeudi est particulièrement émouvante quand le Président d'honneur, M. Paul FRERE, honore rassemblée de sa présence.
Michel DARTEVELLE a retracé l'histoire de ce pilote de légende, depuis sa 1ère course sur MG avec Jacques SWAETERS aux 24 H de Francorchamps, jusqu'à sa victoire en 1960 aux 24 H du Mans avec Olivier GENDEBIEN sur Ferrari, en passant par les courses de Formule 1 (HWM, Gordini, Ferrari), en sport (Jaguar D, Aston Martin, Ferrari), en GT (Ferrari, Alfa Roméo), etc.
Enfin, l'ultime journée du vendredi, présentée comme une journée de repos sur les rives de la Méditerranée, mettra cette année les équipages à rude épreuve puisqu'ils seront mis à contribution pour astiquer, lustrer, polir leurs véhicules qui seront présentés l'après-midi en bord de mer sur la digue au centre de Saint-Raphaël.
Une fin de rallye en apothéose rendue possible grâce au dynamisme des passionnés de « San Rafeu Auto Collection » qui ont pris en charge toute la logistique de l'infrastructure propre au concours d'élégance, depuis les autorisations municipales et le service de police jusqu'aux fleurs qui bordaient le podium et l'inévitable tapis rouge ! L'histoire de chaque véhicule fut présentée au public ; c'est le cabriolet Citroën Traction 1939 de Daniel STEVENS du Club Belge des Anciennes Citroën qui remporte la palme de la plus belle voiture, suivie de la Ford Mustang GT 1966 luxembourgeoise de Jean STEINHAUSEN et Anne COLLARD. La 3e primée est la rarissime Apal Coupé GT 1965 de Mike TEMPELS : cette voiture belge produite à 150 exemplaires seulement a nécessité plus de 3000 heures de restauration.
La 4e place fat décernée à la Ferrari Daytona 1970 de Thierry et Catherine DUMORTIER et la 5e à la Porsche 356 A cabriolet de Tony GROSJEAN venu de Bergerac.
Enfin, le 1er prix costume fut décerné cette année encore aux Bordelais Bernard et Marie- Hélène ROLLAND qui présentaient leur Mercedes SL en petits baigneurs (maillots de corps rayés, ombrelle et panier de plage !), suivi des indiens (en costumes et peintures de guerre !) Jean STEINHAUSEN et Anne, chevauchant leur Ford Mustang (évidemment !). Quant aux 3èmes, Patrick VALENTYN et Corinne, ils débarquaient de leur Porsche 911 RS 1973 pour faire revivre la période hippie : pantalons pattes d'éléphant bleu fluo, longs cheveux, chemises à fleurs et voiture à fleurs également !
Pour terminer la journée, le cocktail de gala sur le green du Golf de l'Esterel en présence des autorités municipales et de l'Office du Tourisme de Saint-Raphaël, suivi de la soirée, auront permis de sceller une amitié de 3 ans maintenant avec les protagonistes de cette belle aventure. Enfin, on ne peut qu'apprécier la présence et le soutien que Thierry DUBOIS (Monsieur Nationale 7) apporte à la manifestation. Chaque concurrent a d'ailleurs reçu une œuvre originale de Thierry commémorant l'édition 2003 et rappelant la couverture de son nouveau livre : la 2e édition de « La Route Paris-Côte d'Azur », petite histoire des Nationales 5, 6, 7 et de la Route Bleue entre Paris et Menton.
Si la Nationale 7 et son histoire sont ici commémorées, c'est aussi une page de l'histoire moderne de la France qui est évoquée et non seulement avec la voiture ancienne. Outre ce patrimoine technologique, c'est aussi et surtout l'histoire du transport de masse, individuel, commercial ; c'est l'histoire des 1er congés payés pour tous, d'une gastronomie française si réputée, de la redécouverte des routes d'autrefois et des régions à l'histoire si fertile et aujourd'hui oubliées depuis la construction des autoroutes.
A ce titre, les Autorités de Saint-Raphaël l'ont parfaitement compris puisqu'ils inscrivent « Route Nationale 7 Historique » dans leur calendrier des manifestations culturelles et décorent le bureau d'accueil de l'Office du Tourisme pendant le mois de mai sur le thème de la Nationale 7.
Ce voyage de Paris aux rivages de la Méditerranée constitue le moyen le plus abouti de vivre pleinement sa passion pour l'automobile ancienne et pour le voyage. Une semaine d'aventure qui se nourrit aussi et surtout de rencontres avec des hommes, des femmes, tout au long de cette route légendaire : leçon d'humilité, d'enrichissement et sans doute de sagesse aussi.
L'organisation Route Nationale 7 Historique veut faire revivre les plus belles routes de France, préparant pour 2004 un voyage du Nord au Sud bien sûr mais qui prendra son départ dans les Châteaux de la Loire pour traverser le centre de la France et de nouvelles régions comme les Cévennes ou les Alpilles, pour rejoindre la Nationale 7 plus au sud.
Et s'il est vrai que les hommes d'avenir sont ceux qui ont un profond respect des traditions et du passé, alors vivement demain puisque comme le chantait si bien Charles TRENET : « on est heureux Nationale 7 ... ».
Michel DARTEVELLE
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