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Reportage

Du 15 au 22 mai 2004, la 4e édition de « Route Nationale 7 Historique » fut un réel bonheur pour les 53 équipages sélectionnés.

Cette année, les organisateurs avaient décidé de s'écarter du tracé originel de la RN7 dès le départ pour la rejoindre beaucoup plus au sud, ceci afin de faire découvrir aux concurrents (dont une moitié sont des habitués et inconditionnels de cette épreuve) d'autres régions pittoresques de France avant d'aller poser les roues au bord de la grande bleue ! Le rendez-vous avait donc été fixé sur les bords de la Loire à Orléans le samedi 15 mai après midi.

La plus ancienne voiture du plateau donnait tout de suite le ton pour la traversée de cette France bucolique sur des routes d'autrefois : la populaire Peugeot 203 blanche (affublée d'un joli porte-bagages avec pneu sur le toit !) 1951 de Laurent et Marthe Krier. Nino et Odette Mezzo mais aussi Willy et Livine Swaelens avaient chacun inscrit leur magnifique Lancia Aurélia B20, l'une de 53, l'autre de 58 qui n'affichait que 300 km au compteur depuis restauration : la sonorité envoûtante du moteur de ces GTI bien avant l'heure en a séduit plus d'un !

Pierre Borms et Dominique Tondeur avaient sorti une rare MGA twin cam ; Claude et Francine Duhem, habitués des épreuves de régularité, avaient troqué la Cortina Lotus de Monsieur contre l'Auto Union 1000 S (de 394.000 km) de Madame, inséparable de sa tapette à mouches pour calmer les ardeurs sur la route de son pilote de mari ! (c'est la vérité ; la preuve, c'est écrit dans notre revue préférée !). Christian Mullaert et Robert Decorde avaient laissé le bitume des pistes pour se faire plaisir au volant d'une AC ACECA coupé de 58. Les Suisses, Edward et Ghislaine Corday, déjà vus l'an passé avec un cabriolet Wanderer 1937, s'alignaient cette année avec une Triumph TR3 ;
Maurice et Denise Smeyers (50 ans de mariage ce 8 mai !) conservaient, eux, leur fidèle Auto Union 1000 SP.
Enfin, on retrouvait également quelques habitués des 3 éditions précédentes : André et Jeanine Van Billoen sur DS 21 cabriolet 1966, Edmond et Marie-Thérèse Deckx (Chevrolet Corvette 1961), Jean Taquet et Nicole Frère, Jean Dehon et Maryse Pilgrim, chacun sur Volvo 544. Philippe et Dominique Claes (Porsche 356 1962), Patrick Valentyn (Porsche 911 RS 2,7 L 1973), Jean-Marie et Jacqueline Lagaune (Volvo Amazon 1967), Robert et Ingrid Laboureur (Jensen Healey 1974), Georges Hacquin dont l'étemelle jeunesse de ses 80 printemps l'a poussé à faire l'achat d'une Alfa Giulietta cabriolet pour affronter cette épreuve longue de 1400 km (sans le retour), Claude Joris (Mercedes 280 SL 1969), Pierre et Philippe Busquin (Porsche 911 1989).

D'autres fidèles des épreuves historiques de régularité étaient aussi venus en couple pour cette semaine de vacances conviviales : Jean Eggericx (Austin Healey 1960), Jacques Lhermitte (Austin Healey 1960), Jacques Mollet (Porsche 356 1965), Michel et Roro Closjean (Triumph TR4 1967), Hughes Pulings (Triumph TR4 1RS 1968), Marc Glorieux (MGB 1969), les Alsaciens André et Joëlle Jeanniard (une Donkervoort D8 a remplacé la petite NSU vue 6 fois au Monte Carlo Historique), André et Annie Mantzer (sur une Alfa Roméo Giulia 1970 plus pratique que la Berlinette Alpine habituelle). Bernard Marreyt avait troqué l'Alvis TE 21 initialement prévue pour un cabriolet Jaguar type E dont l'ancien propriétaire n'était autre que Denis Jenkinson - souvenez-vous, le copilote barbu de Stirling Moss lors des 1000 Miles 1955 remportés par la Mercedes 300 SL n°722 à 157,65 km/h de moyenne, 32 minutes devant le 2e, Fangio). 2 Apal, un coupé de Mike Tempels et le speedster de Jean-Marc Nahon, quelques cabriolets Mercedes SL, Lotus, Porsche, Austin Healey, MG Midget, Citroën DS complétaient les équipages sélectionnés.

Enfin, la Lamborghini Diabio de Marc Van der Straeten, sélectionnée dans les 5 voitures d'exception admises, clôturait une liste d'engagés impatients de découvrir un itinéraire terriblement sinueux et exigeant mais toujours pittoresque à travers un road book réalisé par un maître en la matière, Robert Rorife.

Lors de la soirée d'ouverture, le samedi 15 mai, Thierry Dubois, illustrateur bien connu et historien de la Nationale 7 (auteur du livre « la Route Paris - Côte d'Azur), honorera rassemblée de sa présence, de même que Pascal Panetier (éditeur de la revue « Route Nostalgie »).

Le dimanche 16 mai à 9 H 01, la Peugeot 203 de Laurent Krier est la 1ère à s'élancer en direction du Château de Chambord où les concurrents seront reçus dans l'Allée Royale par la Garde Républicaine !

Déjà Pascal Cantraine, mécanicien du rallye, aura fort à faire : l'Austin Healey de Jacques Lhermitte a perdu son Overdrive ; un nouveau câblage fera vite l'affaire. Par contre, pour la Lamborghini de Marc Van der Straeten, le problème est plus important puisqu'une bobine défectueuse le prive de la moitié de ses cylindres (malgré tout, il lui en reste 6 ! qui lui permettront de rejoindre le Novotel de Limoges où la pièce arrivera de Cannes 2 jours plus tard).

Après une pause gastronomique le midi à proximité du Château de Valençay, tous repartent pour une étape de 222 km jusqu'au musée d'Oradour sur Glane (dont l'histoire tristement célèbre a servi de base au scénario du film « Le Vieux Fusil ») puis jusqu'au Novotel de Limoges.

Lundi 17 mai. C'est par le Lac de Vassiviêre et les Gorges d'Avèze que le rallye arrive en Auvergne, à la Tour d'Auvergne, avant de repartir affronter le Parc Naturel des Volcans d'Auvergne avec le Puy Sancy et le Puy Mary. Enfin, c'est par la route des crêtes et le Puy de Girgols que l'étape se termine à Vic-sur-Cère, au terme d'une route de montagne longue de 320 km à travers le pays de Lafayette, de Vercingétorix et de Jean Todt !

Jean Taquet et Nicole Frère, aidés de Benoît et Anne-Valérie Ceulemans (MG Midget) ne rejoindront l'hôtel que vers 21 H 30 après avoir refixé un arbre de transmission baladeur sur la Volvo 544 ! Celui-ci avait décidé de finir ses jours dans le Cantal, ce à quoi notre ami Jean s'est violemment opposé puisqu'il l'a remis sur le droit chemin (entre la boîte de vitesse et le pont !).

Mardi 18 mai. Une étape sublime, longue de 230 km. Le matin, les concurrents quittent l'Auvergne par le Col de Curebourse et traversent une des régions les plus sauvages de France : les Monts d'Aubrac, aux paysages sans limites, comparables à ceux du Connemara, méconnus et négligés du tourisme. Les routes sinueuses bordées de clôtures en bois sont un véritable régal. Aujourd'hui, le traditionnel apéritif (un camion frigo est affrété pour le rallye) sera offert par Albert et Eddy au point sublime qui, du Cirque des Baumes, domine le Tarn de 400 m de haut.

A la pause de midi, le repas se fera au « Manoir de Montesquiou », dans le village médiéval de la Malène, juste avant d'affronter la fameuse côte où il est dit que sur les 5 premiers km après avoir franchi le Tarn, on ne peut que rarement passer la 2e vitesse tant les épingles se succèdent rapidement jusqu'au sommet où l'on atteint le Causse Méjean, royaume des vautours en France ! Après la visite des grottes de Dargilan, c'est sous l'orage et une pluie diluvienne (la seule qui viendra troubler un ciel désespérément bleu toute la semaine) que les concurrents arrivent à Millau. La vue sur le viaduc est saisissante, non terminé encore, dernier maillon de la Méridienne (l'autoroute A75 qui relie Paris, Clermont-Ferrand à la Méditerranée et l'Espagne). Ce viaduc détient le record du monde de hauteur avec des pylônes culminant à 340 m ; après 3 jours et déjà plus de 1000 km parcourus depuis Orléans sur des routes typiques d'autrefois, complètement désertes, le contraste est pour le moins violent.

Après 2 jours d'absence et d'immobilisation à Limoges, la Lamborghini a enfin reçu sa bobine et sur le parking de l'hôtel à Millau, elle gratifie rassemblée de la mélodie de ses 12 cylindres enfin retrouvés et avec un échappement plutôt bien libéré, les vocalises du moteur italien n'ont rien à envier au départ d'une course de prototypes !

Au fil des jours, l'ami Pascal fait moins de mécanique le soir à l'étape et c'est avec plaisir qu'il peut lui aussi profiter un peu des repas et des soirées.

Mercredi 19 mai. Après Forage d'hier, le ciel est de nouveau bleu azur. Dès 8 H (une heure avant le départ), tous sont déjà dans les parkings à décapoter et astiquer leurs véhicules. Même les dames s'y mettent : Mireille Walravens décapote le cabriolet Giulia, Roro Closjean nettoie le pare-brise de la TR4 de Michel, Marie-France aide Yvan Baize à nettoyer la Porsche cabrio et Laurent Krier a accroché ses baskets détrempés sur le porte-bagages de la 203 ! 9 H 01 : au moment du départ, comme chaque matin, celui-ci fait tourner sa crécelle en bois sous l'hilarité générale et la 203 blanche quitte le parking pour affronter une demi étape qui l'amènera le midi en bord de Méditerranée, à Camon Plage, où les concurrents mangeront sur le port après avoir franchi le Canyon de la Dourbie et l'impressionnant Cirque de Navacelles. L'après-midi sera courte et, après avoir visité le Musée de la Camargue, c'est le domaine de l'Hôtel Maeva avec ses 5 piscines et ses 5 haras qui accueille tout ce petit monde. C'est également à Arles que 8 membres de Sant Rafeu Auto Collection rejoindront l'épreuve avant l'ultime étape, emmenés par leur dynamique Président, Pierre SCHEMID-FARINE et Madame, au volant de leur fidèle cabriolet Peugeot 204. Ils emmènent avec eux une Renault 4 cv, une Dino Ferrari, une 308 GTS, une Peugeot 403, une Mercedes 280 S, une Triumph GT6 et une Mercedes 190 SL.

Jeudi 20 mai. Le dernier tronçon qui amène les concurrents à Saint-Raphaël leur fera voir le célèbre Moulin d'Alphonse Daudet et, après avoir contourné les Baux de Provence et traversé les Alpilles, ils fouleront le macadam de la RN7 jusque Orgon où le Musée Automobile de Provence leur fera un accueil particulièrement chaleureux. Il se dit même qu'un concurrent y aurait fait l'achat de la petite Simca 8 cabriolet de 1939, alors qu'un autre négociait l'achat d'une rare Alfa Giulia GTC de 1964 encore en immatriculation ... belge !

Pascal sera encore mis à rude épreuve puisque le remplacement de la courroie d'alternateur de la Lamborghini nécessitera le démontage des échappements ! ! !

Enfin, après la traversée du bas Verdon et du Massif de la Sainte Baume, le repas de midi à la Bastide des Moines au nord de Draguignan laissera des traces dans les estomacs, même les plus gargantuesques.

L'ultime demi-étape offrira encore un festival d'images et de senteurs provençales et c'est vers 16 H que les 1ers concurrents arriveront à Saint-Raphaël après avoir traversé le Massif de l'Esterel par la Nationale 7, bien sûr.

La soirée du jeudi est traditionnellement honorée par la présence de Paul Frère, Président d'Honneur de Route Nationale 7 Historique, et cette année, c'est Georges Hacquin que M. Dartevelle a présenté : l'exposition de documents d'époque dans le hall de l'hôtel Maeva à Valescure et l'allocution faite par le Président de RN7 Historique ont retracé la carrière de ce champion qui fut pilote officiel Saab, Simca, Volvo, Citroën et bien sûr Alfa Roméo, tant en rallye qu'en circuit. Intégré un moment à l'équipe nationale belge, il a participé aux 24 H du Mans 1959 sur Porsche 550 RS avec Claude Dubois. Avant de se reconvertir dans les courses historiques toujours sur Alfa Roméo, Georges Hacquin a tenté avec bonheur 7 fois l'aventure du Paris-Dakar. Toujours jeune à 80 ans, ce gentleman driver s'amuse comme un gamin au volant de ses Alfa Giulietta, Giulia ou Giulietta cabriolet. Ensuite, M. Dartevelle a retracé la carrière du Team VDS (Marc Van der Straeten étant engagé sur la fameuse Diabio), des 1ères victoires avec Damseaux sur Mini en 1964 jusqu'aux victoires en championnat Canam à l'aube des années 80, ainsi que celle de Jean Eggericx (Austin Healey 3000 MKI) qui a écumé les circuits du championnat d'Europe des voitures de tourisme.
La soirée dansante qui a suivi s'est terminée beaucoup plus tard dans la nuit.

Vendredi 21 mai. Pour la 2de année, l'après-midi du vendredi est consacrée à la présentation des véhicules en bord de mer, sur la digue, au centre de Saint-Raphaël ; défilant sur un tapis rouge, populaires et sportives s'arrêtent devant le podium où M. Dartevelle présente une à une chacune des voitures ayant réalisé ce périple de 1400 km. Un jury composé des membres de Sant Rafeu Auto Collection primera les plus beaux véhicules. La faveur de leur vote fut réservée à la Porsche 356 1958 de Christian Van Den Eynde, suivie de l'Apal coupé 1965 de Mike Tempels et de la Mercedes 230 SL 1964 de Didier et Veronica Rolland.

Suivront ensuite l'Auto Union 1000 SP 1964 de Denise et Maurice Smeyers (4e), la DS 21 cabrio 1966 d'André et Jeanine Van Billoen (5e), la Lancia Aurélia B20 1953 de Nino et Odette Mezzo (6e), la Porsche 356 1965 de Jacques Mollet et Fabienne Hemberg (7e), la rare Porsche 911 S 1966 de Marc et Nadine Fouarge (8®) et enfin de la MG Midget 1972 de Benoît et Anne-Valérie Ceulemans.

Le classement « costumes » primera les vikings, Jean et Maryse Dehon et leur chien casqué Puppy au volant de leur Volvo suédoise PV 544.
2e : Jean Taquet et Nicole Frère (King Kong et Marilyne) avec leur Volvo 544 sur le thème de la Belle et la Bête.
3e : Robert et Ingrid Laboureur en bobbies anglais, dans leur Jensen Healey.
Les concurrents avaient encore fait fort dans la démesure humoristique : hippies, généraux américains, petits baigneurs, kilts écossais, etc.... ont animé avec humour cette présentation.

Sur le chemin du retour, Jean Eggericx a immobilisé une dernière fois son Austin Healey dans un garage d'Agay spécialisé en voitures de sport anglaises pour y changer une ultime fois un rotor de delco cassé (une dizaine sur le rallye) !

La soirée de gala et de clôture fut rehaussée par la présence des Autorités Municipales et de l’Office du Tourisme de Saint-Raphaël qui apportent un soutien appréciable à cette belle manifestation : la Nationale 7 et son histoire ici commémorées, c'est aussi une page de l’histoire de la France moderne qui est évoquée, non seulement avec la voiture ancienne, patrimoine technologique évident, mais aussi avec l'histoire du transport individuel, l'ambiance des départs sur la route des vacances, que l'on a pu revivre au gré de routes pittoresques et nostalgiques à travers une France merveilleuse, riches de régions si différentes.

Inscrite au calendrier des manifestations culturelles de Saint-Raphaël et avec l'accord de la Fédération Française des Véhicules d'Epoque, Route Nationale 7 Historique est un voyage du Nord aux rivages de la Méditerranée et constitue le moyen le plus abouti de vivre pleinement ses passions pour l'automobile historique et le voyage. Il y a fort à parier que la 5e Route Nationale 7 Historique, organisée du dimanche 22 au dimanche 29 mai 2005, se jouera elle aussi à guichet fermé puisque les 50 places disponibles chaque année sont quasi toutes réservées en décembre de l'année qui précède !