Après 10 années couronnées de succès, les organisateurs de Route Nationale 7 Historique ont décidé de quitter, une année sur deux, les routes de l’Hexagone et un tracé autour de la route la plus légendaire de France, pour mieux y revenir …
La 11ème édition de cette épreuve touristique et pourtant sportive emmenait une sélection de 65 équipages sur les routes corses mais aussi et surtout sardes pour revenir ensuite en bord de Méditerranée, à Saint-Raphaël … par la Nationale 7 bien sûr !
Lundi 23 mai :
C’est au départ de Valence, au sud de Lyon et sur cette merveilleuse Nationale 7 que les 65 voitures sont parties de minute en minute pour une première demi étape matinale de 201 km.

La première à s’élancer pour ce périple de près de 2000 km était la Bugatti T 57 Ventoux de Jean-Marie Léonard : « Je participe une année sur deux à la Route Nationale 7 Historique depuis la première édition. Ce fut avec une jaguar Type E, puis une MG TD, deux fois avec ma Bugatti type 40, puis avec une Alfa Romeo Giulietta (toutes en version cabriolet !) et cette année avec la Bugatti 57. Celle-ci a une carrosserie Gangloff réalisée à la demande de l’usine. Achetée en 1937 par un industriel lillois possédant une filature, elle fut revendue peu avant la guerre à son beau-frère qui la cacha des convoitises allemandes pendant 5 ans. Elle fut ensuite à nouveau revendue à un industriel parisien du nom de Albert Meyer qui la garda jusqu’en 1959. Ce fut alors le concessionnaire bruxellois De Dobbeleire qui la racheta pour être encore revendue à un musée sud africain où elle restera pendant 25 ans jusqu’en 1986 pour revenir en Belgique chez Genaroli chez qui elle fut achetée par un habitant de Boncelles à qui je l’ai achetée récemment. C’est ici son premier voyage et, comme j’ai pour habitude de me rendre à chaque rallye par la route et retour, nous sommes partis pour un périple de 4000 km ! (800 pour rejoindre le départ à Valence, 1800 km de rallye et le retour depuis Saint-Raphaël, faites le compte ! ) Mais ces voitures sont avant tout faites pour rouler et le moteur 8 cylindres 3,3 litres de 150 chevaux permet de croiser sans problème à 120 km/h ! »
La deuxième voiture est la fidèle Renault 4 CV 1951 de Bernard et Monique Blavier : chaque année, ils forcent l’admiration de tous sur cette épreuve au long cours.
Outre les habituelles Austin Healey, Jaguar XK 120, 140, 150, type E, MK 2, les Triumph TR3, 4, Spitfire, une rare TR 250, une Stag, les Alfa Romeo, Citroën SM, DS, GS et Mercedes, on pouvait aussi découvrir une rare Plymouth Barracuda cabriolet, une lotus Elan Sprint accompagnée d’une Elan +S2 et d’une Super Seven suisse, une Ford Mustang luxembourgeoise (Jean et Anne Steinhauser de retour du Pekin-Paris accompli en La Salle 1937), une Peugeot 404 cabriolet et même une Opel Manta habituée des rallyes de régularité (en remplacement d’un spider Fiat 124 ayant déclaré forfait en dernière minute) : toutes prêtes à en découdre avec un parcours exigeant et sinueux, tracé chaque année par un des tout meilleurs traceurs de rallyes historiques (et considéré comme tel à la FIVA), Robert Rorife : « Après la Nationale 7 Historique, je pars tracer le parcours pour le Rallye International des Alpes de Raymond Gassmann, ensuite ce sera celui pour les 12 heures de Huy Revival de septembre puis une organisation en août sur la Route 66 aux USA pour fêter les 10 années de l’ASBL Route Nationale 7 Historique, puis je repartirai pour le parcours de l’Adriatica Rallye de début octobre (Slovénie et Croatie) de Transtunisienne Organisation, puis l’Automne Découverte de RN7 Historique et enfin, en décembre, le Saint Nicolas Rallye, dernière épreuve du calendrier belge des
épreuves FIVA, lui aussi organisé avec RN7 Historique. Et je ne vous parle que des 6 derniers mois de l’année ! »
Traversant successivement la Drôme par le col du Devès puis le Vaucluse en contournant le Mont Ventoux par le nord et la montagne de Bluye et enfin rentrer dans les Alpes de Haute Provence par Sault et le plateau d’Albion où se tenait le premier apéritif dégustation (une tradition gastronomique respectée chaque jour en fin de matinée sur les routes de RN7 Historique une heure avant la pause de midi !) par des routes étroites et particulièrement sinueuses en passant par Rustrel, Roussillon, Oppedette et Vachère, tous se retrouvaient au merveilleux village de Saint-Michel l’Observatoire, baigné de soleil pour le fameux barbecue géant en musique organisé par Paul Giraud avec l’accueil de la municipalité.
L’étape de l’après-midi était plus courte (129 km) et permettait aux dames exclusivement de participer à la course de karting qui leur était réservée sur la piste de Maurice Chomat (ancien pilote Citroën) à Manosque. Si pour certaines il s‘agissait d’une première expérience, pour d’autres, d’année en année, elles affinent leur science du pilotage et des trajectoires et s’amusent vraiment beaucoup !
C’est une manière de rendre hommage à toutes ces merveilleuses navigatrices qui oeuvrent à la lecture du road book pendant que toute la semaine, Monsieur va s’amuser avec son volant !
Cette année, c’est Evelyne Bernard (copilote d’une Austin Healey 3000) qui s’impose suivie de Dominique Deflandre (à bonne école puisque son mari a remporté les 2 dernières éditions du rallye Neige et Glace !) et Danielle Thays.
Ensuite ces dames étaient reçues à la fabrique de parfums l’Occitane en Provence où un cadeau leur était réservé.

Enfin, traversant le Bas Verdon pour rejoindre la Nationale 7 à Brignoles et filer vers le port de Toulon, certains ont essuyé un orage assez bref mais violent obligeant les décapotables à s‘arrêter en catastrophe dont Christine Romain, au volant de sa Triumph Spitfire (qu’elle a achetée neuve à l’époque !) qui sous des trombes d’eau ne put voir la fin d’un parking et le trou dans lequel elle posa en douceur et sans gravité le robuste châssis de la Triumph. Heureusement, un équipage féminin ne laisse personne indifférent et 8 équipages se feront un devoir de braver les éléments pour remettre la petite anglaise sur le droit chemin ...
Et c’est sous un soleil retrouvé sur le bateau que tous se sont rassemblés à 20 h 30 au restaurant réservé du Corsica Ferries, au terme d’une première journée déjà bien remplie mais sans ennui, direction : la Corse !
Mardi 24 mai :
Débarquant à 7h au port d’Ajaccio, l’étape du matin ne comportait « que » 141 km jusque Bonifacio.
Ayant déjà sillonné les routes de l’Ile de Beauté en 2006, les organisateurs n’avaient prévu qu’une courte liaison en Corse. Longeant la mer par le golfe d’Ajaccio jusqu’au port de Chiavari, les concurrents affrontaient le col de Cortone par Coti Chiavari, puis Propriano, Sartène et Bonifacio.
Joël et Jocelyne Delahaut étaient ravis pour leur première participation : « Cela faisait des années que nous voulions participer à Nationale 7 Historique. Quand nous avons vu le programme de cette année, nous n’avons pas hésité à nous inscrire un an à l’avance pour être sûrs d’être retenus. Je possède une Alpine Berlinette A 110 depuis 20 ans (à l’époque, cela n’intéressait qu’une minorité de fanatiques !) mais aussi une A310 et je suis passionné depuis toujours de la marque au losange, alors vous pensez bien que venir se dégourdir les jantes en Corse avec une Renault sportive, c’est un rêve. Pourtant pour un tel voyage, il était plus raisonnable d’engager une berline populaire : c’est la raison pour laquelle j’ai préparé cette R8 qui a été terminée la veille du départ. Je n’ai fait que 2 km avec avant mon départ pour Valence et je suis moi-même étonné des performances et de la fiabilité de la voiture. Mais le plus incroyable, c’est le capital sympathie de cette auto partout où nous passons ! un sentiment partagé avec Bernard Blavier et sa petite 4 chevaux car ce sont des véhicules que beaucoup ont connus un jour ou l’autre ».
La moitié des véhicules embarquaient à midi pour une heure de traversée vers la Sardaigne et un déjeuner à Santa Teresa di Gallura, les autres déjeunaient au restaurant Le Bonifacio, sur le port, et embarquaient à 15h30.
Pour la plupart, rouler en Sardaigne était une grande première et quoi de mieux sous le soleil que de longer la côte sarde sur 80 km en passant par la citadelle de Castelsardo où on déplora la première panne mécanique qui donnait enfin de quoi s’occuper à Pascal et Nicole Cantraine, les incroyables mécanos qui font office aussi de voiture balai avec leur camion atelier et la remorque plateau. En effet, ils ont
connu des éditions beaucoup plus animées en réparation mécanique …
La Renault 8 de Joël Delahaut commence à faire un sérieux bruit au niveau de la roue arrière gauche ; on démonte la roue, en effet tout a l’air absolument neuf ! La panne est vite résolue : la goupille qui fixe l’écrou central du moyeu s’est cassée, entraînant du jeu dans le moyeu auquel est solidaire le disque de frein (et oui, il y avait déjà 4 disques de freins à l’époque !) qui joue sur l’étrier. Pascal et Joël resserrent le tout, remettent une nouvelle goupille et roule ma poule !
Ce sera la seule panne de la R8 qui s’acquittera sans problème des 4000 km jusqu’au retour en Belgique !
Après Porto Torrès, il reste 45 km de routes beaucoup plus droites jusque Porto Conte et l’hôtel El faro à la pointe de la baie des Nymphes dans le golfe d’Alghero.
Les grandes lignes droites entre 2 haies de lauriers roses en fleurs sont désespérément limitées à 50 km/h (que personne ne respecte) et la grand’route est peinte en son centre d’une infinie ligne blanche (que personne ne respecte non plus) : pas de doute, l’Italie reste fidèle à ses traditions automobiles !
Si le premier groupe a pu profiter dès 16h30 de la piscine de l’hôtel, le deuxième groupe arrivera vers 19h au terme d’une étape assez longue au cours de laquelle Marc Fouarge fera parler la puissance de sa Porsche 911 de 1966 ayant hâte d’arriver à l’étape : « J’ai d’abord suivi une Fiat Panda puis une autre et encore une autre pour bien vite comprendre comment roulaient les autochtones. Il suffisait de faire comme eux, c’est beaucoup plus rapide ! »
Mercredi 25 mai :
Michel Dartevelle l’avait annoncé lors de son briefing quotidien : « à partir d’aujourd’hui, vous allez découvrir la vraie Sardaigne, pas celle du tourisme de bord de mer, pour vous diriger vers le parc naturel du Gennargentu. Si le bitume de la route est aussi parfait qu’une piste de vitesse, vous allez partir à l’assaut de montagnes et de routes parfois plus sinueuses que celles rencontrées en Corse !
L’étape matinale, longue de 200 km, quittait déjà le bord de mer au km 15 pour gravir le Monte Petranadu et revenir ensuite le long de la grande bleue pour longer une côte particulièrement sauvage et sinueuse. Après Bosa, le ton était donné et tous avaient compris que la balade annoncée était bel et bien sportive.
En direction du sud-ouest, et sans problème mécanique pour les concurrents, tous se dirigaient vers Laconi d’où ils empruntaient sur 15 km, une route de montagne très étroite au coeur des montagnes sardes. Un «quitter gauche » au pied d’un site préhistorique nuraghi, une route en terre qui monte de plus belle, perdue au milieu de nulle part, et voici la première voiture, la MG B de Yves et Dominique Deflandre qui arrive à l’Azienda Agricola Agriturismo du comte Giuseppe Manca di Villahermosa : un splendide domaine agricole où tout est fait maison et bio : la viande et les charcuteries délicieuses, les légumes et un vin à faire damner Bacchus !
Les plus rapides sont évidemment les premiers à l’étape : Michel Grondel et Francis De Prins (MG B), André et Jocelyne Renkin (Lancia Fulvia) et puis deux des Lotus Boy’s qui viennent de se faire plaisir sur ces routes de velours :

les suisses Christophe Bouet et Philippe Sulmoni (habitués des courses en circuit sur de modernes Porsche GT 3 RS) avec la petite Lotus Seven et les frères Demanet avec l’Elan 26 R jaune .
L’étape de l’après-midi, elle aussi très sinueuse mais longue de 85 km, permettait aux premiers d’arriver vers 16h à l’hôtel Sa Muvara, à Aritzo, au coeur du parc naturel des montagnes du Gennargentu, et d’y poser leurs valises pour 2 jours.
Un violent orage a transformé la Lotus Seven en kayak ! et c’est trempé de la tête au pied que l’équipage suisse se présente au contrôle d’arrivée dans un fou rire général !
La Jaguar XK 140 de Charles et Rita Vandermeulen est elle aussi bien humide : « l’eau passe entre le parebrise et le tableau de bord ! Nous devons éponger toutes les moquettes. Ceci dit, à part un petit problème de démarreur qui se bloque à chaud, nous avions fait 2000 km pour nous rendre au départ de ce rallye, ce qui fera au total un périple de 6000 km et jusqu’à présent, elle n’a pas consommé une seule goute d’huile ! cette Jaguar est merveilleuse ! »

Robert Van Orschoven (qui fut pilote de Spitfire lors de la bataille d’Angleterre en 1941) ne tarit pas d’éloges sur les performances et le confort de sa Citroën GS : « à 87 ans, je voulais une voiture confortable pour faire un tel voyage ! »
Jeudi 26 mai :
Cette boucle autour d’Aritzo avait été annoncée comme la plus difficile de la semaine. 203 km le matin et 60 l’après-midi, exclusivement dans les montagnes du Gennargentu avec une pause champêtre dans la Forêt des Druides d’Orgosolo où tous ont pu à nouveau savourer les plaisirs gastronomiques locaux lors d’un pique-nique en plein air ; au menu : des cochons de lait et de l’agneau grillés à la broche, agrémentés de spécialités sardes.
La petite Lotus Seven arrivera sur le plateau sans entamer la bonne humeur de Christophe Bouet qui avouera avec son inimitable accent suisse : « je pense qu’on a attaqué un peu trop fort et j’ai cassé le pont … Dès qu’elle sera rentrée, on le réparera pour l’an prochain ! »

La Peugeot 404 cabriolet de Michaël Warny et Léon Bastin, est elle aussi à l’assistance : « ce n’est pas bien grave, on doit juste ressouder la fixation du siège conducteur. Peut-être qu’on nous donne un peu trop à manger et à boire !... »
Une soirée musicale était organisée pendant le repas du soir avec la grande chorale d’Aritzo, reconnue internationalement et à laquelle Jean-Marie Léonard qui pour l’heure avait délaissé le volant de la Bugatti, a donné la réplique, bien sûr au bar, en reformant sa chorale dont le répertoire est plutôt, disons … estudiantin !
Vendredi 27 mai :
Une étape qui file plein nord avec le besoin impératif de rejoindre le port de Porto Torrès au plus tard à 19h pour l’embarquement sur le bateau.
Au menu de la journée, une première demi-étape de 187 km, très sinueuse jusque Oschiri et le Lago del Coghinas pour un repas mémorable chez Carlo (et ses chanteuses !).
L’après-midi, l’étape faisait quand même encore 180 km et après une pause dans le centre d’Arzachena où les autorités locales offraient une dégustation de produits locaux, la route se faisait enfin plus directe au bonheur de tous qui filaient jusque Porto Torrès.

Alors que la petite Renault 4 CV des Blavier se faisait dépasser par la Bugatti 57 Ventoux et la Triumph TR4 de Jean-Paul Naddeo et Marie-Sophie Chabres (auteurs du livre « Eternelle Nationale 7 »), la petite voiture française filait à 70 km/h sur ces routes moins pentues, prenant enfin une revanche méritée : la TR 4 cassait tous ses rayons de la roue arrière gauche et la Bugatti perdait son filtre à air : l’une et l’autre dépannées par la bonne volonté de tous et l’assistance rapide du rallye !
Samedi 28 mai :
Après une traversée sans histoire (même si le bateau retenu pourtant depuis octobre chez la compagnie sans scrupule Grandi Navi Veloci avait été tout simplement annulé une semaine avant le départ de l’épreuve), tous débarquaient au petit matin à Genova en Italie.
Michel Dartevelle pouvait enfin se confier : « Il faut être un peu fou pour se lancer dans de telles organisations ! Mais n’y a t-il pas de plus beaux terrains de jeux pour assouvir notre passion pour l’automobile ancienne que ces voyages au long cours qui permettent de découvrir la face cachée d’un pays et de ses régions que l’on croit connaître.
Un de nos concurrents, Francesco Ferretti, est sarde et vit en Belgique ; il m’a avoué venir dans sa famille chaque année mais il n’avait jamais imaginé que son pays d’origine recelait de tels trésors, de si beaux paysages et de si belles routes !
N’y a t-il pas de plus beau compliment ?!
Nous avons vécu une semaine mémorable à plus d‘un titre mais je ne peux vous avouer la somme de travail que représentent le secrétariat et la logistique (nous avons 4 camions qui suivent le rallye) d’une telle organisation, les heures passées par Mimi Désirotte pour que tout soit parfait ; nous avons aussi très peu dormi quand on nous a annoncé que le bateau retenu n’était pas disponible ; heureusement, une autre compagnie nous a bien dépannés !
Le plus important pour moi était que tous les véhicules et tous les passagers rentrent à bon port et qu’on ne laisse personne en chemin et enfin que les voitures les plus anciennes et les plus lentes soient à l’arrivée … et elles y étaient toutes ! »
Un dernier petit voyage sur la Corniche d’Or entre La Napoule et Saint-Raphaël (cette route en bord de mer est sans doute le plus beau tronçon de l’ancienne Nationale 7 avant qu’elle ne soit reclassée en 1935 en Nationale 98, la 7 passant alors par le Massif de l’Estérel) et tous arrivaient en début d’après-midi à Saint-Raphaël, à l’hôtel Best Western « La Marina », tout en se félicitant de ce fabuleux périple lors du cocktail qui précédait la soirée de gala.
Le programme 2012 était alors annoncé : Route Nationale 7 Historique revient en France mais partira cette fois du Mans et commencera par une visite dédiée à la plus belle course d’endurance du monde avant de filer rejoindre les châteaux de la Loire, Limoge, Albi, Tarbes et enfin Biarritz et les Pyrénées.
Attention, les places qui seront limitées à 60 équipages sélectionnés par les organisateurs, seront comme chaque année, insuffisantes.

Michel DARTEVELLE,
Président RN7 Historique